
© Renan LEVAILLANT
Arrivés au sommet avec une bonne avance sur le lever du soleil, nous consommâmes sans vergogne lesdites denrées, tant liquides que solides.

Et c'est à l'heure où l'azur prenait possession des cieux, y chassant les derniers accents de rose et de mauve d'une aube irréelle, qu'une
escouade d'étranges planeurs apparut au nord, comme en témoigne cette photo (voyez les virgules dans le ciel : c'est eux). Ils s'approchèrent
de crête en crête, jusqu'à passer à la verticale de notre groupe.
Celui-ci, quelque peu secoué par les substances les moins non-alcoolisées de nos provisions, n'eût pas été en mesure d'identifier ces OVNIs
sans votre serviteur, qui n'avait pas oublié ses jumelles. Pourtant, pour user de cet ustensile avec quelques pastis dans le buffet, il faut
avoir le coeur bien accroché, croyez-moi.
Quoi qu'il en soit, pas de doute : il s'agissait bien de Vautours fauves, époustouflants volatiles charognards, qu'on a plus l'habitude de
voir dans les documentaires sur la savane africaine (vous savez, ces bêtes dégueu qui fourrent leur tête dans le fion des gnous morts pour
leur bouffer les tripes*) qu'après un pique-nique, même bien arrosé.
J'entends d'ici les esprits les plus bassement chafouins d'entre vous insinuer que notre vision n'était autre qu'une alternative originale,
mais explicable par l'altitude, aux bons vieux éléphants roses. Et là je m'inscris en faux : quelques jours plus tard, je retournais en
montagne, cette fois parfaitement à jeun. C'était le tour du Mont Las (les Pyrénéens font dans le monosyllabique), 1600 et quelques mètres,
de subir les assauts de quatre valeureux randonneurs.

© Renan LEVAILLANT
Ô Lecteur, j'espère ne pas trop Te décevoir, moi qui œuvre pour élever Ta culture ornithologique vers les sommets, maintenant que Tu sais
que d'autres sommets furent le théâtre de mon coupable éthylisme.

© Renan LEVAILLANT
* Cet astérisque pour vous signaler que l'habitude peu ragoûtante des vautours de passer leur tête à l'intérieur des cadavres explique pourquoi
ils n'ont qu'un duvet ras de la tête à la base de cou. Vous imaginez les difficultés de nettoyage s'ils avaient des plumes "normales" sur
ces surfaces ? La nature est bien faite, même quand elle nous écœure...
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Renan LEVAILLANT est aussi l'auteur de Pouyo et les oiseaux








