Laissez-moi m'élever contre ces esprits chafouins qui ricanent à l'évocation de la Sittelle torchepot. Certes, ce nom n'est pas sans rappeler les appellations loufoques que certains farceurs inventent de toutes pièces pour se moquer de la terminologie - parfois alambiquée - des ornithologues. Citons entre autres la galinette cendrée des Inconnus, le cholesterol moiré à bec jaune de Marcel Gotlib, ou la sittelle... cache-pot, sournoisement évoquée par des amis qui raillent (pure jalousie) mes encyclopédiques connaissances ornithologiques.

© Renan LEVAILLANT
Mais la Sittelle torchepot, elle, existe bien. Seconde marque d'ingratitude, après les quolibets sur son nom : les non-initiés ne connaissent rien de ce volatile, alors qu'il est très répandu de par nos forêts, parcs et jardins. Seulement, affublée de son noir bandeau de voleur, la sittelle se dérobe aux regards des quidams, peu encline qu'elle est à exposer son beau plumage en des lieux trop à découvert, leur préfèrant le plus souvent les ramures des grands feuillus.
On la repère parfois plus facilement à l'oreille : s'activant frénétiquement à la recherche de son déjeuner, elle s'encourage de vigoureux pioup-pioup-pioup très caractéristiques.
Dernière ingratitude de la langue française : pourquoi avoir choisi ce nom peu esthétique de torchepot pour désigner un don hors du
commun ? En effet, la Sittelle torchepot, bien avant M. Bouygues, a su maîtriser les techniques de maçonnerie. Elle utilise les cavités
naturelles, ou les nichoirs (les "pots"), et pour s'en faire un logis, en réduit l'orifice au diamètre ad hoc par un
torchis fait de boue et de salive. D'où torchepot, si vous avez bien suivi.

Quant à sittelle, cela vient du Grec sittê, qui désigne assez vaguement les pics. C'est vrai que, comme les pics (décrits par
ailleurs dans un autre article), la sittelle est une coureuse de troncs. Mais sa
virtuosité leur est même supérieure : la Sittelle torchepot ne recule devant aucune accrobatie (quelques exemples ci-contre).
La courageuse honnêteté qui parfait avec élégance mon tempérament spirituel et primesautier me dicte d'avouer avec humilité (une autre de mes
qualités) que moi aussi, je verse parfois dans une ingratitude crasse envers le volatile : j'oublie souvent le deuxième "t" de sittelle.
Il existe d'autres espèces de sittelles en Europe, par exemple la Sittelle corse qui, au lieu de bâtir des maisons, les fait sauter à coups de charges plastiques. Heu... c'était de l'anti-corse primaire, je m'en excuse auprès desdits insulaires.
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Renan LEVAILLANT est aussi l'auteur de Pouyo et les oiseaux








