Tirons parti du subtil calembour qui fait office de titre au présent article et qui m'est venu un matin que je me brossais les dents (car outre les flatulences, l'inspiration est chez moi fort active le matin): je vais vous parler céans d'un columbidé qui mérite certes mieux que l'indifférence bovine (voire spongiforme) du vulgum pecus : la palombe.

© Renan LEVAILLANT
Pourquoi cette appellation spécifique ? Voyons voir : dans palombe, il y a "plomb", et c'est en effet par de drues projections dudit métal que les malheureux migrateurs sont accompagnés au cours de leur voyage qui les conduit au delà des Pyrénées. Dans palombe, il y a aussi "aplomb", et il ne faut certes pas en manquer pour parler de cette joyeuse activité de ball-trap en invoquant l'amour de la nature et des traditions.
Mais bon, laissons là cette étymologie un tant soit peu militante et, plutôt que de tenter de suivre les palombes migratrices en ULM, au risque de se faire dézinguer par un amoureux de la nature et des traditions mais aussi du pastis au petit déjeuner, contentons-nous d'observer le Ramier près de chez nous.
Car à l'instar du bon sens du Crédit Agricole, il y a toujours un Ramier près de chez nous, même au coeur de nos villes. Ceci dit, alors que son cousin le Pigeon biset a depuis longtemps franchi le pas en fautant avec des individus de basse-cour et en s'abaissant à fréquenter les zones les plus fangeuses des cités, le Ramier garde sa dignité : peu d'hybridation avec les pigeons domestiques, et une propension à rester à proximité d'un espace vert, même modeste.

ça plolifèle et ça vous chie paltout !"
Oui mais, m'apostrophera-t-on le sourcil fronçé, les poings sur les hanches et le mien dans la figure si l'on continue ainsi à m'interrompre,
comment les Pigeons bisets faisaient-ils pour subsister avant que l'Homme n'impose sa présence, ses édifices, ses trottoirs et ses statues
aux effets si laxatifs sur les columbidés ?
D'ailleurs, entre parenthèses, j'ai noté que les oeuvres d'art contemporain attirent moins les humeurs défécatrices des pigeons que les
statues anciennes, sans doute parce que nombre de sculptures modernes ont déjà l'allure d'étrons...
Mais que cette disgression scatologique ne me détourne point de la question posée : où donc les Bisets crêchaient-ils avant que l'Homo
Sapiens ne leur offre le gîte et le couvert ?

© Renan LEVAILLANT
L'habitat originel des Bisets se situait (et se situe encore, car il subsiste quelques irréductibles) dans les rochers et les falaises de
montagne ou de bord de mer. Ceci me rappelle cette fois où, tout excité d'aller observer de "nobles" espèces (de celles qu'on ne trouve pas
sous le sabot d'un cheval) sur la réserve de Cap Sizun (Bretagne), je mettais un certain temps à réaliser que ces volatiles gris qui se
mêlaient au Guillemots de Troïl et autres Mouettes tridactyles n'étaient ni plus ni moins que des Pigeons bisets.
Par les effets de la domestication, de la sélection de coloris et de l'hybridation, les Bisets d'origine ont vu leurs traits profondément
frelâtés. Amusez-vous à comparer les pigeons de votre quartier au Biset pure souche (ci-contre) et vous comprendrez.

Enfin, je ne peux clore cet article sans célébrer ce verbe si cher à la gent masculine : lequel d'entre nous, messieurs, sait préserver
son regard d'un strabisme coupable dès que, dans un périmètre de moins de trois mètres, pointe orgueilleusement une poitrine féminine
douillettement enchâssée d'un balconnet pigeonnant ?
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Renan LEVAILLANT est aussi l'auteur de Pouyo et les oiseaux








