Jusqu'à présent, je m'étais drappé dans le mépris vis-à-vis de ce gallinacé qui n'a plus grand chose des nobles animaux à plumes que j'ai l'heur d'observer au bout de ma lunette.
Et puis zut, ce coup-ci, je m'y colle. C'est pas que je suis à cours d'inspiration, mais je vais leur fermer leur caquet, à ces cuistres. Bien. Alors donc la poule disions-nous.
La Poule.

Mammifère désespérément terrestre, l'Homme a d'abord fait en sorte que la poule vole le moins possible, car allez récupérer une poule fugueuse au sommet d'un clocher, vous. Résultat, c'est édifiant comme la poule vole mal. Lancée du balcon d'un immeuble, son style rappelle celui d'une botte de cresson.
Autre signe d'aliénation au contact de l'Homo Sapiens, la poule a des pulsions suicidaires : sur les petites routes de campagne, elle attend toujours que mon auto soit à deux mètres pour brusquement entreprendre la traversée de la chaussée, alors que jusque là, elle se tenait coi. Elle se tenait quoi ? Je vous le demande.

La poule se fait le plus souvent appeler Cocotte. Elle a pour logement le poulailler, qui se fait appeler Raymond, car la poule y dort.
On peut aussi nommer la poule Valéry ou Emile-Victor, mais au delà du jeu de mots, ceci n'a que peu d'intérêt.
L'époux poule, je veux dire le mari de la poule, s'appelle le coq. Le coq est fier, courageux, aime échapper au fisc, supporte avec flegme
les grèves des fonctionnaires et bat régulièrement le Brésil 3 à 0. C'est pourquoi le coq est l'emblème de la France.
Elever des poules pondeuses est un art difficile : trop stressée, la poule se constipe et fait des œufs durs. Frappée d'une gastro-entérite,
elle fait de l'omelette. Si elle se dispute avec une voisine de poulailler, elle fait des œufs brouillés. Devant les exploits des coureurs
du Tour de France, elle fait des œufs mollets (parfois même des œufs P.O.).
Bon dites, dans Ornithologie Elucubratoire, la discipline scientifique à l'honneur sur ce site, il y a aussi ornithologie, tout de même. Et
figurez-vous qu'il y a moyen d'en faire, de l'ornithologie, sur la poule. Il suffit pour cela de répondre à la question : "mais d'où vient
la poule ?". Oui, de l'œuf, on sait. Mais ma question était plus Darwinienne, si vous voyez ce que je veux dire. Eh bien, sachez que
l'ancêtre de nos Cocottes est à peu près clairement identifié : il s'agit d'un coq sauvage originaire d'extrême orient, du genre gallus,
de l'espèce gallus (ce qui donne gallus gallus, ahahah), improprement nommé Bankiva, alors que le Bankiva est en
fait une sous-espèce de gallus gallus. Vous me suivez.
Nos coqs et poules les moins dégénérés par l'élevage ressemblent encore fortement à ces orientaux d'ancêtres. Comme quoi on peut montrer sa
science même en parlant de poule. Et toc.
Dans la nature de nos douces contrées dites " du paléarctique occidental " (par chez nous-autres, quoi) les plus proches cousins de la poule
sont, par ordre d'entrée en scène :

© Philippe LEVAILLANT

© Philippe LEVAILLANT
- Les phasianidés, dont les représentants les plus médiatiques sont les faisans (de Colchide, doré, de Lady Amherst, bonjour
Madame), tous d'introduction humaine sur notre continent en provenance d'Orient, ainsi que la Caille des blés et les perdrix
(qui, elles, sont bien de chez nous). Plutôt que de m'extasier comme tout le monde sur la splendide livrée des faisans, je soulignerai ici
la beauté toute bucolique du plumage des perdrix : la finesse des motifs du manteau de la Perdrix grise, les fascinantes zèbrures des
Perdrix rouge et bartavelle. J'ai un faible pour cette dernière, pour la stricte géométrie de son costume, mais aussi parce qu'elle me
rappelle mes lectures de Marcel Pagnol.
Voilà pourquoi je l'ai dessinée avec amour ci-contre, pour conclure cet article de basse-cour.
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Renan LEVAILLANT est aussi l'auteur de Pouyo et les oiseaux








