L'Homo Urbanus Franciliensis qui dispose d'un carré de jardin ou d'un humble balcon en région parisienne (et d'une ardoise chez son banquier), peut pourtant s'extasier des rencontres faites aux abords de sa verte pelouse ou de ses pots de géraniums. Ce matin, j'ai moi-même observée une jolie épeire qui avait tissé sa toile entre le rosier et le cyclamen. C'était sauvage et beau. La Nature a des ressources incroyables lorsqu'il s'agit de s'immiscer dans le décor de froide agressivité que l'Homme instaure pour son égoïste confort. Alors, quand j'entends certains de mes concitoyens qui se lamentent d'être réveillés le matin par les chants des oiseaux, je me cabre. Plutôt que de pleurnicher parce qu'un piaf amoureux vous a tiré des bras de cet imbécile de Morphée, que ne tentez-vous pas de savoir quel est le volatile qui chante à vos fenêtres ?!? N'avez-vous donc aucune curiosité naturaliste (qui n'a rien à voir avec l'observation des nudistes aux jumelles) ?
Pour vous sauver de cette surdité ornithologique, une fois de plus, je prends ma plume la plus pédagogique et mes ustensiles d'oto-rhino- laryngologiste et vous ouvre les esgourdes aux chants d'oiseaux. Le choix est vaste puisque le chant n'est pas une activité aviaire créée pour raccourcir les grasses matinées de l'être humain, mais l'un des atouts dont disposent les mâles de nombreuses espèces pour témoigner de leur bonne santé, donc de leur aptitude reproductrice, auprès des dames. Julio Iglesias et Garou n'ont rien inventé, vous voyez. Le chant marque aussi la frontière virtuelle du territoire d'un mâle en période de reproduction. Tout intrus qui a ouï (ah oui ?) le chant d'un propriétaire et a fait fi de la sommation risque de se faire sans délai voler dans les plumes. Propriétaires canins ornithophobes, notez qu'il est plus élégant de marquer son territoire en chantant qu'en levant la patte.

© Renan LEVAILLANT
Livrons-nous à présent à une expérience fascinante. Prenez deux pièces de 2 centimes d'Euro (ça marche avec les autres, mais c'est celles que j'ai dans mon porte-monnaie aujourd'hui). Maintenez-les l'une contre l'autre entre le pouce et l'index. Puis, d'un mouvement rapide et antagoniste de ces mêmes deux doigts, faites-les glisser l'une contre l'autre. Marquez une demi-seconde d'arrêt et faites-les glisser dans l'autre sens. En d'autres termes vous faites le signe universel de "flouze", "fric", "oseille" et autre "thune" avec vos didis qui maintiennent les deux pièces en contact, mais les allers et retours s'enchaînent à peu près au rythme d'un tic-tac de pendule. Eh bien, vous êtes en train d'imiter le chant du Pouillot véloce. Fou, non ? L'imitation est suffisamment fidèle pour que réciproquement, le Pouillot véloce soit surnommé « compteur d'écus ».

© Renan LEVAILLANT
Pour terminer (parce que c'est pas tout ça), mes lecteurs et lectrices les plus fidèles auront remarqué que le pouillot (qu'il soit véloce ou
fitis) a donné son nom à Pouyo, mon petit garçonnet virtuel de 7 ans, qui guide petits et grands dans la découverte de monde des oiseaux. Plus de
précisions par le lien en bas de cet article.
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Renan LEVAILLANT est aussi l'auteur de Pouyo et les oiseaux








