C'est bien connu, beaucoup d'enfants traversent vers les 3-4 ans une phase communément appelée du "pipi-caca", durant laquelle ils n'ont d'autre but que de proférer en gloussant de grasses allusions aux excréments sus-nommés.
Seulement voilà, un gène dominant semble maintenir cette coupable tendance à la coprolalie jusqu'à des âges fort avancés chez les sujets mâles de ma famille, au grand dam des sujets femelles. En particulier les pièces rapportées, qui ne voient pas comment décemment apprendre les bonnes manières à leurs rejetons si le père entre joyeusement dans le jeu de ceux-ci quand il s'agit de dégoiser sur les matières fécales. Si avec les ans je me suis calmé sur le pipi et le caca, j'avoue ne pas avoir pris une ride quand il s'agit d'évoquer ce gaz qui sort du fondement avec bruit, pour reprendre la définition déjà désopilante du dictionnaire : le pet.
Cela dit, j'ai la chance inouïe d'avoir une compagne qui rit aussi fort que moi et mes fils de mes allusions gazophiles et pétologiques. Quel bonheur absolu que de partager une passion à deux.

© Renan LEVAILLANT
Mais cessons ces confidences autobiographiques pour démontrer que le calembour vaseux (voire : gazeux ?) qui orne le titre du présent article, sur le Pétrel tempête (ou Océanite tempête), n'est pas vain. La question vaut en effet d'être posée : y a-t-il un lien entre le pétrel et le verbe péter, si délectable dans la bouche de nos chères têtes blondes (et de leurs parents attardés) ?
Il semble bien ! Il apparait même que nous avons là comme un trait commun à nombre de procellariiformes, joyeux voltigeurs qui défient
les éléments les plus déchaînés du grand large (procella = tempête) : outre le "pétrel-qui-pète", on trouve en effet également le
"puffin-qui-souffle" (to puff, en Anglais) et le "fulmar-qui-chlingue" (ful-mar = mouette puante, chez les nordiques).
S'agirait-il d'une terrible épidémie de tourista sévissant chez ces malheureux volatiles ? Non pas : océanites, puffins et autres fulmars
ont un moyen radical pour se défendre des agresseurs : ils leur crachent en pleine poire une substance durablement gluante et pestilentielle !
A tel point que si l'importun est un autre oiseau, celui-ci risque fort d'être irrémédiablement condamné car il ne pourra pas débarrasser
son plumage de l'horrible potion...
... Toute ressemblance avec des navires aux noms exotiques, venant régulièrement souiller nos côtes, serait pure coïncidence...

(qui comme chacun sait est passionnée d'écologie) : la pollution de fin 1999
ne serait pas le fait de l'Erika mais d'un pétrel géant qui cracherait sur la France.
© Renan LEVAILLANT
Mise à part cette notable impolitesse de cracher sur leurs camarades, les procellariiformes sont de bougrement fascinantes créatures :
- par leur diversité : les quelques 130 espèces de cet ordre couvrent toute la gamme des gabarits, de l'Océanite tempête (une grosse
hirondelle !) à l'albatros (un 747) ; leur teinte va de la suie (les océanites) au blanc immaculé (le Fulmar boréal), en passant par le
vanille-café (les puffins) ;
- par leurs traits communs : passion du vol-à-voile en haute mer, domicile dans les rochers, en colonies, unicité de l'oeuf (qui d'ailleurs,
chez le Puffin des Anglais, sent également mauvais...), longueur de l'incubation (jusqu'à 2 mois !) et de curieux tubes en guise de narines,
sur le bec (voir ci-dessous celui du Fulmar boréal).

© Renan LEVAILLANT
En fait, ce sont des "pots d'échappement" qui permettent à l'animal d'évacuer l'excédent de sel de l'eau de mer qu'il consomme. Eh oui, vivant
presque toute l'année au milieu des flots (espèces dites pélagiques) il faut bien que les procellariiformes satisfassent certains de
leurs besoins nutritifs avec ce qu'ils ont sous la main !
Le Fulmar boréal est un cousin miniature des albatros que l'on peut rencontrer aux abords de la Bretagne et en particulier quand il niche (du
début du printemps à fin juin) : rendez-vous aux Sept Iles (Côtes d'Armor) ou au Cap Fréhel (Idem) !
J'achèverai cet article comme je l'ai entamé : par l'évocation des flatulences, en remplaçant le "Cordialement," conclusion classique d'un
courrier, par un joyeux PROUT qu'il m'arrive d'apposer à la fin d'un message envoyé à quelqu'un qui me connaît suffisamment pour ne
pas s'en offusquer.
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Renan LEVAILLANT est aussi l'auteur de Pouyo et les oiseaux








