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L'oiseau où que
c'est marqué dessus.

Parcourant dernièrement mon propre site, ma narcissique autosatisfaction fut soudain ébranlée par ce constat navrant : j'y parle bien peu des rapaces diurnes. Hormis quelques mentions de buses, faucons, pygargues et autres vautours, je ne me suis encore que peu étendu (à l'heure où j'écris ces lignes) sur ces magnifiques prédateurs et/ou charognards ailés. Honte à moi.
A ma décharge, en tant que vulgarisateur ornithologique (ça en jette...), il faut reconnaître que les rapaces se prêtent moins que d'autres à une identification aisée. Il faudrait que je me perde en descriptions comparatives ardues et rébarbatives pour partager avec toi, ô lecteur, mes connaissances, qui sont immenses, en toute modestie.



Il faut dire que ces cachotiers de rapaces, observés les trois quarts du temps en vol, ne nous offrent qu'un contre-jour frustrant de leur livrée inférieure, et la vue de dessus des guides ornithologiques nous fait une belle jambe, car il n'est pas né le rapace qui volera à l'envers pour faire plaisir à l'observateur au sol.
Mon ingéniosité, qui n'a d'égale que la modestie sus-nommée, m'a soufflé la brillante idée de procéder à un bagage de ces volatiles qui abandonne l'égoïste discrétion des naturalistes (qui sont seuls à déchiffrer ce qu'il y a sur la bague) au profit d'une solution beaucoup plus utile à l'identification de l'oiseau (voyez ci-contre), mais je me suis vu essuyer un refus de la part des rétrogrades autorités ornithologiques. Dommage.

Heureusement, il est au moins un oiseau de proie bienveillant à l'égard de l'ornithologue néophyte, et de moi-même en tant qu'enseignant de la discipline : le Milan royal.

Soucieux de sa notoriété, cet élégant planeur porte sur lui sa carte de visite, certes limitée à l'initiale de son nom, le M, mais c'est bien suffisant. Habile gouvernail guidant son propriétaire dans d'aériennes calligraphies, la queue du volatile est aussi la première lettre de son nom, à la manière d'une enluminure médiévale. C'est beau.

A propos de médiévale (ça, c'est d'la transition...), le Milan royal fut longtemps nommé escoufle (origine bretonne), avant que le latin ne l'emporte à la fin du Moyen-Age, avec le latin classique miluus, et sa déclinaison populaire milanus. On note de fait que la terminaison du mot populaire est plutôt vulgaire.
Au Moyen-Age toujours, le Milan royal était plus familier qu'aujourd'hui et, tel nos corneilles contemporaines, hantait les villes, apprécié alors pour ses vertus de nettoyeur, car les charognes font une large part de son ordinaire. Ce même rôle de ramasseur d'ordures est encore aujourd'hui activement joué par son cousin, le Milan noir, entre autres en Afrique et en Inde, où il arrive même que celui-ci devienne un peu "envahissant" dans les villes.


Mais pourquoi donc royal, chers petits amis ? Passeque le Milan royal est vraiment un très bel oiseau, aux coloris délicats, aux formes élancées et au vol d'une rare élégance. Le portrait ci-contre ne vous donne qu'un aperçu de son beau plumage.
Le Milan noir est plus sombre, avec une queue nettement moins échancrée, ce qui rend tout de suite son identification plus difficile.
Si vous vous promenez en France, en général (mais pas exclusivement) à l'est d'une ligne Biarritz - Luxembourg, dans une contrée vallonnée et semi-boisée, levez le nez en l'air et soyez vigilant : le Milan royal n'est pas si rare, et vous gratifiera du spectacle de sa beauté.

Allez, c'est promis, je ne tarderai pas trop à l'avenir pour évoquer à nouveau les rapaces. Le prochain specimen sera l'agent du fisc, tiens.


Renan LEVAILLANT est aussi l'auteur de Pouyo et les oiseaux