Dominique Levaillant : Salut, p'tit frère !
Rédacteur en Chef de La Plume : Heuu, nous avions dit hors antenne que nous n'afficherions pas trop ostensiblement nos liens familiaux...
D.L. : Aah oui, c'est vrai... on la refait ?

intérêt pour les étrangers à notre tribu, vous êtes en droit de l'ignorer.
Attaquons-nous sans plus tarder au sujet qui nous réunit ce soir : il s'agit d'apporter l'explication la plus scientifique qui soit à l'adage populaire qui déclare : "Dame bon-diou, v'là-t-y point qu'les hirondelles rasent les planches à palets, l'orage va point tardeu à nous cheuyeu su' la goule.".
D.L. : Heuu... vous venez de nous faire la version gallaise, là... ne seriez-vous pas originaire du pays de Rennes ?
R.C.L.P. : Si.
D.L. : C'est amusant, moi aussi !
R.C.L.P. : Ah ?
D.L. : Comme je vous le dis...
R.C.L.P. : Quelle coïncidence... hé hé hé...
D.L. : Hi hi hi...
R.C.L.P. : mmffin, hin hin...
D.L. : Hu hu hu...
R.C.L.P. : Bon, arrêtons nos c
ries cinq minutes et reprenons : Dominique, quelle est votre
première analyse de ce dicton associant le vol bas des hirondelles à l'orage imminent ?
D.L. : Eh bien, avant de s'interroger sur l'altitude du vol de l'hirondelle, expliquons d'abord à nos cyberspectateurs POURQUOI
l'hirondelle vole, en dehors de la migration, s'entend.

© Renan LEVAILLANT
D.L. : Nous brûlons : en fait, la véritable question n'est pas de savoir pourquoi les hirondelles voleraient bas avant l'orage, mais
plutôt pourquoi cette faune de minuscules bestioles (moucherons, pucerons...), que l'on va jusqu'à désigner par "plancton aérien", se
retrouve au ras du gazon à l'approche de l'orage. L'hirondelle, quant à elle, ne fait rien d'autre que les suivre pour mieux s'en goberger.
R.C.L.P. : Compris : d'ornithologues, nous devenons entomologistes et météorologistes et concentrons à présent notre examen sur ces
insectes ballottés au gré des courants d'air...
D.L. : ... Courants d'air ! Le mot est dit. Le moment est venu d'ouvrir la...

L'orage est le théâtre agité de puissants mouvements d'air : de l'air froid qui dégringole (c'est la subsidence) là où il pleut et de l'air chaud qui, sous l'action " en chasse-neige " de ce même air froid à l'avant de la progression orageuse, est repoussé vers le haut. Il se détendre au contact de pressions plus faibles, ce qui provoque son refroidissement. D'où condensation en un mélange de cristaux de glace et de gouttelettes : le nuage d'orage. Glace et gouttelettes s'agglomèrent peu à peu pour enfin tomber par gravité sous forme de précipitations (pluie, grêle, neige ou gresil).
L'ensemble nuage + précipitations se déplace ainsi, d'autant plus vite que les vents en altitude sont forts.
Mais regardons de plus près cette zone qui précède l'orage, derrière ce que l'on appelle la ligne de grain : les insectes présents dans l'atmosphère sont comme plaqués au sol par les courants descendants (ou subsidents). Les hirondelles, détectant l'accroissement subit de la densité de casse-croûte, zigzaguent en tous sens et en rase-motte pour un joyeux festin.
L'Homo Sapiens Sapiens, lui, observe cette scène alors que l'orage n'est pas encore sur lui, et s'émerveille quelques minutes plus tard, alors que les premières gouttent s'abattent, du don de voyance de l'hirondelle !
R.A.T.P. : Démonstration LU-MI-NEU-SE !
D.L. : Merci du compliment. Il sied cependant au scientifique de rester prudent et d'apporter les nuances suivantes, qui valent autant
que l'exposé qui précède :
Primo, la ligne de grain se caractérise par des précipitations et des vents violents, ce qui veut dire : 1) qu'au moment où le paysan
observe le vol des hirondelles, le temps s'est déjà bien gâté ; 2) que la chasse aux insectes, même fructueuse, tourne vite à la douche pour
les hirondelles. Même s'il est fréquent de voir les hirondelles en chasse sous l'averse, gageons qu'elles recherchent des situations moins
périlleuses...
Secundo, on se fait souvent la réflexion : "tiens, les hirondelles volent bas, c'est signe d'orage..." lors des chaudes soirées d'été.
Dans ces cas-là, ce sont les éclosions en masse des moustiques et autres bestioles qui augmentent la densité d'insectes au ras du sol. Or,
comme il n'est pas rare que ces soirées se terminent par un orage, nous faisons le rapprochement, cette fois plutôt à tort !
Tertio, pour finir, il faut savoir que l'on observe aussi le comportement inverse d'oiseaux tels que les martinets dans les
conditions orageuses sus-décrites : au lieu de raser les paquerettes, ces as de la voltige chassent en altitude, au dessus de la ligne de
grain, où les ascendances d'air chaud sont elles aussi porteuses de friandises en grosse concentration.
R.C.L.P. : Voilà une mise au point qui fera plaisir aux poètes : le comportement animal s'interprête rarement par une explication
monolithique, mais résulte plutôt de nombreux facteurs dont le jeu complexe nous entraîne sur de fausses pistes et est bien difficile à
décrire dans sa globalité... tout comme la météorologie, d'ailleurs...
D.L. : Tu l'as dit, bouffi.
R.C.L.P. : C'est sur cette pertinente dernière affirmation que nous allons clore cette tribune. Notre prochaine émission météo
répondra à la question : "pourquoi ma grand-mère a-t-elle des flatulences les jours de grand vent ?" Bonsoir.
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Renan LEVAILLANT est aussi l'auteur de Pouyo et les oiseaux








