L'un des mes premiers articles sur ce site dénonçait l'impardonnable méprise que 90% des promeneurs dominicaux commettent en confondant les Grèbe huppés avec des canards. Fidèle à mon goût pour les narcissiques référence autobiographique, j'étayai mon propos par une anecdote relative à mon premier fils.
Bientôt un second rejeton mâle est venu rejoindre le sus-nommé et c'est en contemplant l'hirsute toison crânienne et les moeurs belliqueuses de ce dernier que m'est venue l'idée de traîter d'une autre espèce de la famille des grèbes : le Grèbe castagneux. Car n'est-ce point la castagne qu'évoque au premier abord le nom de cette boule de plumes de la taille... du poing ?

© Renan LEVAILLANT
Certes, ça chicore sévère chez les Castagneux quand vient le moment de nidifier. Et que je te prends mon air le plus menaçant, voire que je te me lui envoie force coups de pattes et de bec si on insiste.
Mais non. Ce n'est qu'un hasard, certes fort à-propos. En fait, castagneux nous vient du latin castanea, la châtaigne, et du coup l'on comprend d'où vient le mot castagne, acte consistant à joyeusement s'échanger marrons et châtaignes.
Dans le cas de notre ami (car c'est déjà notre ami, ne soyons pas bégueules), c'est la couleur de ses joues en été, tout autant que son
allure générale un tantinet bouboule, qui lui vaut que son nom soit associé audit fruit, dont je raffolais tant étant petit, grillé
(le fruit, pas moi) au feu de cheminée de la résidence secondaire, bretonne et familiale, trempé dans... le cidre (étonnant, mais véridique
autant que savoureux. Laissez plusieurs minutes pour que la châtaigne s'imbibe bien).
Plus discret que son cousin huppé, le Grèbe castagneux peut s'observer toute l'année sur les plans d'eau de France et de Navarre. Soyez
donc vigilants, et regarder avec un peu plus d'attention tout petit volatile barbottant sur l'onde. Note à Béné (c'est une copine) :
en hiver, les castagneux sont tout brun, ils feraient presque penser à des cannetons. Mais comme l'hiver n'est pas la saison des cannetons,
il vous est interdit de vous tromper.
Concluons enfin sur le tempérament supposé bagarreur du castagneux. Croyez-moi, ce n'est rien comparé aux oiseaux cités ci-après :
- L'aigle, parce-que "Aigle uant du cerveau, viens te battre si t'es un homme"
- L'albatros, parce-que "J'm'en v' albatros accrum, ce cuistre"
- La bécasse, parce-que "Eh, bé bécasse-moi pas les burettes"
- Le chevalier, parce-que "Chevalier clater la tête"
- Le cormoran, parce-que "Si tu viens en cormoran trer dedans, tu trouveras à qui causer"
- Le faucon, parce-que "Faucon s'explique dans la cour, bâtard !"
- Le Geai des chênes, parce-que "Geai des chênes pour te latter la tronche"
- L'oedicnème, parce-que "J't'oedicnème rais pas qu'tu m'cherches de trop"
- Le pétrel, parce-que "J'y pétrel a gueule à çui-là"
C'est sûr, après avoir commis cette liste, j'ai le droit à l'Almanach Vermot.
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Renan LEVAILLANT est aussi l'auteur de Pouyo et les oiseaux








